Festival danse & littérature à Nantes. « Autour de ASSIS »

titleIl y a des textes qui naissent par la seule impulsion de l’auteur. Il y en a d’autres qui naissent par le désir d’autrui. C’est beau, aussi, le désir d’autrui. En l’occurrence ici c’est le désir du SEPT CENT QUATRE VINGT TROIS et La Ruche d’explorer la façon dont le chorégraphique peut entrer dans la littérature (et vice et versa).

Mon agenda n’étant pas extensible, j’avais une journée, une pauvre petite journée pour écrire autour de la fabrique d’ASSIS, c’est ce qu’on appelle en terme diplomatique « le piège de la commande ».

Failli refuser ce désir d’autrui. Suis pas une machine à la journée. Plutôt une machine à lire. Et la note d’intention d’ASSIS m’a mis le cul à terre -> ASSIS est une fiction ethnographique d’un peuple qui aurait passé trop de temps assis.

Envie d’en savoir davantage. De passer quelques heures en studio. De voir la danse se chercher, d’écrire la danse à tâton. J’ai dit OK on peut essayer de faire quelque chose. Un petit quelque chose qui trouvera place dans Le Dico Du Spectateur, avec la question : quel effet ça fait d’être un spectateur dans un studio de danse ? A priori on en sait rien. Pas plus de savoir quel effet ça fait d’être une chauve-souris.

Arrivée dans le studio y a pas une chaise pour s’asseoir. T’as voulu écrire sur ASSIS ? Pour ta peine tu resteras assis par terre. L’écriture de la danse, ça ne se fabrique pas assis sur une chaise, ils ont voulu dire les danseurs. Ils n’avaient pas vraiment tord sur ce point, imaginez le tableau : moi assis (le roi) devant les danseurs debout (ses sujets) ? Bonjour l’assise sociale de l’écrivain (qui maîtriserait les mots) face au danseur (qui s’assiérait dessus).

Le corps a beau être une idée en soi, les mots auront toujours socialement une longueur d’avance. Le corps devrait revendiquer son assise, se syndiquer même, manifester dans la rue, faire des sit-in, des sit-in partout dans la rue pour dire ça suffit les mots, place aux corps, place à l’assise du corps, et tout ça finirait par des Assise au Théâtre universitaire de Nantes sur le thème « LE CORPS FACE AUX ENJEUX DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : OU COMMENT LA POSITION ASSISE DE CERTAIN PEUPLE IMPACTE LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE. » Ben oui, rester assis produit de l’obésité, facteur d’empreinte carbone. La raison est plutôt simple : les personnes « fortes » consomment plus, voyagent plus en automobile, et nécessitent une énergie supérieure pour les déplacements.

Dès mon arrivée en studio j’ai voulu m’asseoir au sol pour écrire. Mais y avait échauffement, sans ça les danseurs ne tiendront pas une semaine, m’a-t-on dit, au bout de deux jours le corps pliera. Ça n’a pas traîné, me voilà en jogging sur le plateau à tenter de se lever sans les mains, « l’élévation » ils appellent ça, même les danseurs y font semblant tellement c’est dur. Les plus agiles font semblant de faire semblant, allez comprendre.

(Lire la suite sur le site Le Dico Du Spectateur)


© Photo à la Une _ Joël Kérouanton (Cie Uncanny en répétition au studio 783, Nantes)