MODALITÉS (sous forme de lexique)

 

 

 

AMBASSADEUR

Porte-parole de la communauté de lecteurs et désigné par celle-ci pour participer aux 4 rencontres de la Zone d’embarquement critique. 


COLLABORATIONS LITTÉRAIRES

Le « laboratoire » Zone d’embarquement critique est soutenu par des collaborations littéraires : l’écrivain  Bernard Bretonnière (éditions théâtrales), invité ici en tant que lecteur-correcteur ou le romancier François Bégaudeau (éditions Gallimard/Verticales) invité pour penser les enjeux de la démocratie culturelle et faire entendre son propre point de vue de critique ; ou encore la Cie Turbulences, des artistes avec autismes adeptes de l’interview, invités ici à proposer un droit de réponse de l’auteur qui a fait l’objet d’une critique. Nous réfléchissons à la possibilité d’associer un chercheur universitaire spécialisé dans la réception en littérature, et à organiser la venue d’un « invité surprise » pour présenter ce que tel ou tel genre littéraire évoque pour lui.


COMITÉ DE PRÉSÉLECTION 

Deux mois avant chaque cycle de critique, des professionnels de la culture sont sollicités par les initiateurs de la ZEC pour constituer un « Comité de présélection » des ouvrages qui seront ultérieurement soumis à la critique. Ils réalisent une sélection de huit titres dans un genre particulier du champ littéraire (polar, roman jeunesse, poésie, science-fiction, théâtre, romans de gare, mangas, romans francophone ou étrangers, essais, genre non identifié, etc..). Huit livres représentatifs de l’ensemble de la production de ce genre, dont un seul sera choisi ultérieurement par le quorum de critiques. 

Pour atténuer la représentation terrifiante de la lecture chez nombre de lecteurs (le rapport à la lecture est complexé, beaucoup de lecteurs, même des professionnels de la culture, ont l’impression de ne pas avoir lu assez pour être légitime à s’exprimer sur un livre), nous proposons que le comité de présélection ait une mission de déculpabilisation en assumant (et en s’amusant) de sa culture trouée et incomplète.

Pour ce, nous proposons aux membres du comité de présélection d’échanger autour de leurs lectures rêvées : les livres qu’ils auraient pu lire (plutôt que les livres réellement lus), les livres dont ils ont entendu parler (mais qu’ils n’ont pu lire), les livres en tête (la « bibliothèque mentale »).

Chaque professionnel de la culture est convié à mettre au travail son rapport à la lecture, à titre personnel. La bibliothèque mentale ne se prépare pas, elle attend, elle est là, toute prête : le genre choisi ne sera pas révélé au préalable au comité de présélection.


COMMUNAUTÉS DE LECTEURS

Groupe social dont les membres ont des intérêts, un but commun autour de la lecture (association, entreprise, collectivité, collectif, réseau). Les membres de la communauté lisent le livre sélectionné et portent leurs critiques sur le livre lu.


CRITIQUE ENRICHIE 

Phénomène observé par l’échange entre lecteurs. Petit à petit, le sens produit se déploie. De nouveaux arguments se greffent sur les anciens, le point de vue bouge aussi, s’objective, se conceptualise. La critique se nuance, s’affine, gagne en puissance, sans forcément que l’impression première ne change. 


CYCLE 

Concrètement la « Zone d’embarquement critique » s’organise par cycle de 4 mois à raison d’une rencontre mensuelle, en présence d’un Quorum de 20 lecteurs (composé d’ambassadeurs des communautés de lecteurs). Les rencontres auront lieu par défaut à la librairie, mais l’idée est de circuler entre les différents lieux partenaires. Deux cycles sont envisagés en 2016, avec une rencontre publique annuelle qui pourrait avoir lieu à la Médiathèque de Saint-Nazaire, ainsi qu’un « droit de réponse » possiblement accordé aux auteurs par la Cie Turbulences, publié annuellement dans la revue Les papotins.

Le projet a l’ambition d’interroger 12 genres et s’étalerait sur quatre années – 2016-2019. 


DÉMOCRATIE CULTURELLE 

Nous aspirons à faire vivre cette fameuse démocratie culturelle – une voix, une production de sens – en incitant le public à développer un propos critique qui participe à repenser le rôle de l’art et de l’institution culturelle dans la société. Non pas se positionner contre l’institution culturelle – elle est nécessaire – mais à côté. Car ce n’est pas à l’institution d’imposer ce que l’art veut dire, ni de dire ce qu’il doit être. Nous sommes libres d’user et de penser l’art comme nous le souhaitons, libre de l’interpréter, libre de le qualifier d’art (ou pas), libre d’en faire des leviers pour réenchanter notre quotidien.

Dans la Zone d’embarquement critique la démocratie culturelle est vécu de façon expérimentale et fédératrice, un espace où le travail de l’écrivain et le discours public s’auto-alimentent dans un cercle vertueux, horizontal… et ludique. La démocratie est un caprice d’enfant. Un jouet désiré et dont il faut s’amuser. Au risque de tourner à l’éternelle flagellation militante.

Article 1 : la démocratie et la culture ça rate tout le temps.

Article 2 : que la démocratie et la culture ratent n’empêchent pas que leur exercice nous fasse du bien

Article 3 : au fond la culture et la démocratie, si on les considère indépendamment de leurs résultats, marchent à tous les coups.

Article 4 et + : à suivre…


DROIT DE RÉPONSE 

Une critique littéraire n’est pas forcément critique, au sens mauvais du terme. Elle a simplement pour caractéristique d’énoncer une analyse et un jugement sur des œuvres sans l’approbation de l’auteur, sans l’associer à l’écriture du texte dont son travail fait l’objet. Nous envisageons dans cette ZEC un droit à la parole pour les lecteurs, nous envisageons aussi un droit à la parole pour l’auteur, mais différemment, par d’autres participants que ceux du Quorum : il nous semble important de dissocier totalement ceux qui produisent la critique et ceux qui rencontrent l’auteur ayant fait l’objet de ladite critique. 

Nous souhaitons associer les Chapiteaux-Turbulences à ce volet « droit de réponse ». La Cie Turbulences, plus communément appelé les « Chapiteaux-Turbulences » est un Établissement et Services d’Aide par le Travail/Section Adaptation Spécialisée (ESAT/SAS) qui a la particularité d’accueillir des adultes autistes et de proposer notamment des prestations liées aux arts du spectacle, à la création littéraire et à la littérature. 

S’il y a une spécificité chez les « Turbulents » (leur nom d’artiste), c’est bien l’interview. Ils se rodent à ce genre d’exercice tous les mercredi au Théâtre du Lucernaire ou à la Maison des métallos pour la revue Le Papotin. Ils interviewent régulièrement des auteurs et des metteurs en scène à la Maison des métallos, ils ont aussi rencontré des auteurs dans le cadre de l’expérience « écrire en Turbulences »1 initiée par Joël Kérouanton & le poète Jean-Louis Giovannoni, portée par la région île-de-France et la Maison des écrivains et de la littérature dans le cadre d’une expérience de trois années autour des « écritures contemporaines en milieu psychiatrique). 

Nous proposons que les Turbulents ouvrent tous les ans un droit de réponse à l’auteur (ou à ses ayants droit) ayant fait l’objet d’une ZEC. Cela suppose que l’auteur doit être prêt à vivre cette aventure. Les Turbulents veulent du live, de la chair, « parce qu’il n’y a pas d’écriture sans chair » affirmera le directeur des Chapiteaux-turburlences Philippe Duban au moment de la préparation de cette collaboration. Les Turbulents restitueront la rencontre sous une la forme d’une création sonore. 


ENTRETIEN 

Joël Kérouanton, invité à rédiger une critique à partir des dits et écrits du quorum, pourra, le cas échéant, rencontrer individuellement des lecteurs volontaires lors d’un entretien autour de l’expérience personnelle de lecture et le travail de critique collégiale. Ces entretiens ont pour projet de produire des formes de critiques littéraires diversifiées. 


GENRE 

Il est difficile de penser les ressorts des lecteurs à partir d’un seul genre littéraire. Aussi, pour penser ce que lire veut dire, option est prise de le faire à partir d’ouvrage les plus divers qu’ils soient (polar, album jeunesse, roman jeunesse, poésie, science-fiction, théâtre, littérature française, littérature étrangère, mangas, essais, bandes-dessinées, roman de gare), chacun des genres étant soumis aux mêmes modalités démocratiques de lecture. Avec le postulat qu’en reconnaissant la diversité des littératures nous irions vers une valorisation de la lecture en soi. 


INTERLOCUTEUR 

L’interlocuteur est un personnage qu’un écrivain introduit dans un dialogue, comme les interlocuteurs des dialogues de Platon. Dans la Zone d’embarquement critique, l’interlocuteur est l’organisateur d’une communauté de lecteurs, et représentant de ladite communauté. 


LECTURE-CORRECTION 
Bernard Bretonnière, correcteur professionnelle, est sollicitée pour réaliser des « lectures-corrections » des critiques produites annuellement par J. Kérouanton (orthographe, syntaxe, unification, typographie, rewriting). En complément de son intervention, l’idée est de mettre en œuvre progressivement une plateforme de correction collaborative, avec le réseau social de la Zone d’embarquement critique (docuwiki, framapad…). Il s’agira d’inventer des modalités pour associer des lecteurs de la librairie à la correction, avant que la correctrice professionnelle n’intervienne. « Jadis » il y avait deux correcteurs qui intervenaient sur un texte, maintenant il y en n’a qu’un, voire aucun pour ceux qui ont le leurre de penser que le logiciel de correction Prolexis (ou d’autres) peut remplacer l’Homme. Il convient donc de remédier à ce désintérêt du champ littéraire pour la correction et trouver un moyen d’associer des lecteurs non-professionnels à ce processus. Outre le fait que la correction collaborative va élever l’exigence et la qualité globale de la correction, c’est aussi une aventure collective dans la langue qui s’annonce.


LECTURE À VOIX HAUTE 

L’expérience de lecture à voix haute participe du projet, une lecture à voix haute faite par des volontaires pour des volontaires, un possible mais pas une contrainte donnée à nous-même. Une lecture à voix haute qui peut parfois être belle, et parfois raté, toujours vivante. 


INTERGÉNÉRATIONNEL 

Nous pensons que la présence des enfants n’est pas un problème mais une solution pour produire un rapport démocrate à la littérature. Si on passe les sempiternels problèmes de l’autocensure des adultes en présence d’enfant – on ne parlerait pas de la même chose ni de la même façon en présence d’enfants -, les enfants ne nous permettraient-ils pas d’interroger les réflexes normatifs de lecteur ? Ne nous amèneraient-ils pas à interroger notre posture de « sachant » ? À interroger la fable collective autour de ceux qui comprendraient toujours ? À définir ce qu’est le sensible – ce qui est sensible pour les enfants ne le serait pas forcément pour les adultes ? Et puis les enfants, que l’on suppose des lecteurs de passage, ne seraient pas qualitativement si différents que les lecteurs qui ont lu en entier. Eux aussi ils passent dans un livre. Nous serions tous des lecteurs de passages. 


MODÉRATION 

Mené par deux Maîtres de cérémonie (MC) : Joël Kérouanton et un ambassadeur de la Zone d’embarquement critique. À deux c’est plus aisé que seul, et la prise de risque dans l’organisation, la modération et les méthodes de travail collégial sont plus importantes en binôme. À chaque cycle, en association avec Joël Kérouanton, il y a un ambassadeur différent qui est MC. Il bénéficie à l’issu de l’expérience d’un bon d’achat de la librairie l’Embarcadère.


OPEN SOURCE 

La ZEC est l’occasion d’employer, de tester, de chercher des outils de communication en open source comme l’éditeur de texte collaboratif en ligne « Framapad » ou le Wiki. En complément, la ZEC utilisera des systèmes de communication gratuits proposés sur le net, comme la chaîne Youtube. 


PUBLICATION 

Les critiques engendrées, signées « Joël Kérouanton (avec les noms des membres du quorum) », sont publiées sur « librairielembarcadere.com », sur le blog « ecriture-visavis.fr », relayées dans la presse généraliste ou spécialisée, papier et/ou numérique (Poezibao, Cassandre/ horschamp, Éducation populaire & Transformation sociale, …). Des discussions sont en cours avec d’autres sites relais.

L’action ayant lieu sur quatre années, il y aura donc 12 cycles, 12 ouvrages lus et critiqués collégialement, 12 textes critiques publiés, l’ensemble ayant ambition de former un petit ouvrage, publié à compte d’éditeur papier (discussion en cours avec Nuit Myrtide Éditions).


QUORUM 

En droit, le Quorum est le nombre minimal de membres d’un corps délibératif nécessaire à la validité d’une décision. Dans notre cas, nous estimons à 15 le nombre minimal de lecteurs nécessaire à la validité d’une production critique. Ce nombre ne dépassera pas 20 personnes pour faciliter la libre circulation de la parole et de la pensée. Dans cet espace, il ne s’agit pas de dire que tout le monde peut tout lire, mais d’affirmer qu’il n’y a pas de goûts plus légitimes que les autres, que chacun peut produire du sens.

Pour remplir ce Quorum, et permettre l’expression d’un maximum de points de vue différents, le Quorum sera constitué par deux ambassadeurs de huit communautés de lecteurs (+ des lecteurs de passages de la librairie et des professionnels de la culture invités). Nous souhaitons, autant que faire se peut, que les rencontres soient accueillies régulièrement dans les lieux où s’inscrivent les communautés de lecteurs, ceci afin de faciliter les allées et venues des lecteurs : franchir les portes d’une librairie est plus aisé quand la librairie elle-même rencontre les lecteurs dans leurs lieux de vie quotidienne. 


RENCONTRE PUBLIQUE 

Une fois l’an, le collectif partagera son travail avec le public lors d’une rencontre littéraire, l’occasion pour chacun de faire part, s’il le souhaite, de ses réflexions autour de cette expérience. D’aucuns diraient : c’est l’occasion d’un « bilan ». L’opportunité de revisiter les « acquis ». Un moyen « d’évaluer » l’action. Nous ne sommes pas contre les bilans, les acquis, l’évaluation, mais nous proposons de rester un laboratoire de recherche, de fonctionner en creux plutôt qu’en plein, de tenter, de risquer, de rencontrer, de rater. Une fois dit cela, que faire au moment où les portes de la Zone d’embarquement s’ouvrent au public ? Laisser continuer. Remettre en jeu. Mettre du jeu. Avec l’hypothèse que la démarche, les idées, les pistes, les postures réapparaissent sans que l’on s’y attende. Pour ce faire nous proposons une modalité de rencontre littéraire au nom de LIVRE IMAGINAIRE, une vraie-fausse discussion sur un vrai-faux livre écrit par un vrai-faux auteur mais produisant un vrai texte de création relatant les dits et écrits de l’expérience publique. 

1Programme de recherche autour des écritures contemporaines en milieu psychiatrique.